Il y a près de 40 ans, dix chèvres angora débarquaient du Texas sur notre ferme de l’Ariège. À l’époque, ces animaux étaient encore très rares en France. Olivier avait déjà un grand troupeau de moutons — apprendre à s’occuper de chèvres n’a pas été bien difficile, les conduites d’élevage étant proches. Ce qui était plus surprenant, c’est à quel point ces animaux allaient devenir le cœur de notre activité. Aujourd’hui nous avons 130 chèvres angora, et leur mohair est la fibre principale de tous nos articles. Voici leur histoire — du chevreau qui vient de naître jusqu’au fil que vous tricotez.

La naissance — un chevreau déjà frisé
La gestation d’une chèvre dure cinq mois. Les mises bas ont lieu au printemps, de mars à fin avril — et ce sont toujours les chèvres qui commencent, avant les moutons. Une chèvre fait un ou deux chevreaux. Normalement tout se passe bien, mais Olivier surveille de près les mères pour intervenir si nécessaire — c’est souvent une affaire de minutes.
Le chevreau naît avec déjà des petits poils tout frisés d’environ un centimètre. Il essaie immédiatement de se lever pour chercher à téter. Au bout de quelques heures il tient sur ses quatre pattes. Il faudra ensuite attendre deux à trois jours avant qu’il suive sa mère dans les champs — pendant ce temps il reste bien au chaud dans la chèvrerie pendant qu’elle va brouter.
Pour certains chevreaux, le lait de la mère ne suffit pas — notamment quand elle a eu des jumeaux. Dans ce cas Olivier complète avec un biberon une à deux fois par jour. C’est un des moments les plus attachants de la vie de la ferme.

Les trois premiers mois — uniquement le lait
Pendant ses trois premiers mois, le chevreau se nourrit exclusivement du lait de sa mère. C’est une période décisive — plus la mère sera en bonne santé et bien nourrie, plus son lait sera riche et plus le chevreau se développera bien. Et un chevreau bien développé donnera une belle toison.
Pendant ce temps, le petit angora a une seule préoccupation — faire pousser son poil. Manger, dormir, faire quelques cabrioles et parcourir les pâturages derrière sa mère. C’est à peu près tout. Mais c’est exactement ce qu’il faut.
La première tonte — le kid mohair, le plus doux
À six mois, le chevreau est tondu pour la première fois. C’est ce qu’on appelle le kid mohair — la fibre la plus fine, la plus douce, la plus précieuse. Elle est réservée aux articles les plus délicats — étoles, accessoires portés à même la peau, pièces légères pour la cérémonie. C’est aussi la fibre qu’on utilise pour nos étoles de mariée et nos châles les plus fins.
La nourriture — la base de tout
Plus une chèvre angora sera bien nourrie, plus sa toison sera abondante et de qualité. Mais attention, une nourriture trop abondante peut aussi nuire à la finesse de la fibre, il faut donc trouver le bon équilibre. C’est une règle simple mais absolue. Voici le menu de nos chèvres tout au long de l’année.
Les pâturages d’abord — notre troupeau partage environ 100 hectares avec les moutons. Le travail d’Olivier consiste notamment à réviser régulièrement les clôtures, car les chèvres ont une compétence particulière à trouver la moindre faille.
Le foin ensuite — de l’herbe fauchée au printemps et en été, séchée au soleil, mise en grosses balles rondes et engrangée pour l’hiver quand les pâtures ne poussent plus.
Le grain enfin — Olivier a choisi le Triticale, un croisement de blé et de seigle, pour ses qualités nutritives et sa rusticité. Récolté en été, stocké dans un silo dans la bergerie. Les tiges du Triticale donnent de la paille — utilisée pour faire les litières épaisses et chaudes en hiver.
En automne, avant de rentrer pour l’hiver, nos chèvres profitent aussi des glands et des châtaignes. Elles ont vraiment du caractère — et l’herbe du voisin leur semble toujours meilleure.
Les soins quotidiens d’Olivier
Chaque jour, matin et soir, Olivier nourrit les chèvres — foin, grain une fois par jour, abreuvoirs toujours propres et remplis d’eau claire. Il fait la litière avec la paille récoltée sur la ferme pour que les bêtes aient chaud et restent au sec.
Mais le soin le plus important c’est l’observation. Olivier connaît chacune de ses 130 chèvres. Si l’une est un peu à l’écart ou ne vient pas manger, son œil d’éleveur expérimenté détecte immédiatement que quelque chose ne va pas. Le vétérinaire vient rarement — une fois par an pour des prises de sang de contrôle. Le reste du temps c’est Olivier qui gère.
Deux à trois fois par an les sabots sont taillés — les chèvres sont très sensibles à l’humidité qui peut provoquer des échauffements douloureux. Et après chaque tonte, Olivier dépose quelques gouttes d’un répulsif pour éloigner les poux broyeurs de laine — le pire ennemi de la chèvre angora, capable d’abîmer toute une toison.

La tonte — deux fois par an, avec soin
La chèvre angora est tondues deux fois par an. D’abord au printemps, juste avant les mises bas — pour que les chevreaux ne soient pas perdus dans les poils autour des mamelles. Ensuite en début d’automne, avant l’arrivée du froid — pour que le mohair ait le temps de repousser suffisamment avant l’hiver. Chaque chèvre adulte nous donne entre trois et quatre kilos de mohair par an.
Le tri — quatre catégories de finesse
Après la tonte vient le tri — un travail long et minutieux fait à la main sur la ferme. On retire d’abord toutes les impuretés des toisons. Puis on juge la finesse de chaque toison pour la classer en quatre catégories : super kid, kid+, kid, et mohair adulte. Plus la chèvre est jeune, plus sa fibre est fine. Chaque catégorie est ensuite destinée à un usage différent — les plus fines pour les articles délicats, les plus épaisses pour les pulls, plaids et couvertures.
La transformation — des professionnels de confiance
La transformation ne se fait pas sur la ferme. Une fois triées, les toisons partent en Italie du Nord pour être lavées, peignées et filées — il n’existe plus de filature en France capable de traiter le mohair à ce niveau d’exigence. La teinture est réalisée dans le respect des normes Oeko-Tex. Puis tout revient en France pour la fabrication des articles finis, chez des artisans labellisés EPV — Entreprise du Patrimoine Vivant.
Notre mohair est certifié « Mohair de nos chèvres » — la marque collective des éleveurs français de chèvres angora, qui garantit la qualité, la traçabilité et le respect des animaux.
Et Marielle dans tout ça ?
Pendant qu’Olivier s’occupe du troupeau, Marielle gère la création des modèles, le site, les commandes et les expéditions. C’est elle qui imagine les collections, choisit les couleurs, répond à vos emails et prépare vos colis. Deux métiers complémentaires, une seule passion commune — faire vivre cette laine du mieux possible.

Un choix de vie, un engagement
Vivre à la campagne, c’est vivre avec la nature. Et vivre avec elle, c’est apprendre à la respecter. Pas parce que c’est à la mode — parce que c’est une évidence quand on observe les saisons et les animaux depuis plus de 40 ans.
Nos prairies sont naturelles. Le fumier de nos bêtes amende nos sols. Sur le toit de la chèvrerie, des panneaux photovoltaïques produisent l’équivalent de ce que consomment trois fermes autour de chez nous. Le lavage de notre laine est fait avec un savon biodégradable. Nos articles sont fabriqués par des artisans locaux qui valorisent l’emploi et les savoir-faire humains.
Ce mode de vie, nous l’avons choisi. Une vie au rythme des saisons, proche de la nature, utile aux hommes. Et quand vous tricotez avec notre laine, vous participez à tout ça, et vous tricotez cette histoire.

Pour découvrir nos fils en mohair :